Risques liés aux nouvelles pratiques et à la teneur des contenus des influenceurs sur les plateformes
Les nouvelles pratiques d’influence participent à une économie de l’attention où les corps, les émotions et les identités deviennent des ressources marchandes.
Cette marchandisation numérique des corps — à travers l’exposition physique, la mise en scène de l’intimité, ou la sexualisation implicite de la performance — se diffuse aujourd’hui bien au-delà des plateformes adultes.
Elle s’étend aux environnements dits “mainstream” (TikTok, Instagram, Twitch), où l’image de soi devient un instrument de valeur économique.
Les dérives sont multiples :
- Économiques et sociaux : exploitation du corps comme capital de visibilité, dépendance à la performance et précarité psychologique accrue ;
- Éthiques : banalisation des codes de l’hypersexualisation, confusion entre authenticité et mise en marché de soi ;
- Sociétaux : diffusion de modèles normatifs ou stéréotypés de genre, de beauté et de réussite, influençant durablement les comportements des mineurs ;
- Informationnels : instrumentalisation des émotions et des apparences dans la diffusion de contenus trompeurs, pseudo-scientifiques ou communautaires.
Pistes de régulation :
- Encadrement renforcé de la publicité et des partenariats exploitant l’image corporelle ;
- Obligation de signalement des contenus modifiés ou à caractère sexuel ;
- Campagnes publiques de sensibilisation sur la valeur non marchande du corps et de l’intimité ;
- Déploiement d’indicateurs de “risque d’hypersexualisation” dans les audits de plateformes ;
- Harmonisation européenne de la régulation des contenus liés à la représentation du corps humain et à la santé mentale.
Risques liés aux plateformes de contenus pour adultes et aux agences de créateurs
Les plateformes de contenus à la demande (comme OnlyFans) constituent l’expression la plus directe de cette économie de la marchandisation des corps, où la relation numérique se traduit en valeur financière immédiate.
Ce modèle, présenté comme un “empowerment”, cache souvent une dépendance économique et psychologique :
- absence de salaire fixe, instabilité des revenus, pression à la performance et exposition prolongée à des publics anonymes ;
- hiérarchies pyramidales d’agences et de managers imposant un contrôle comportemental via des outils numériques ;
- traçabilité insuffisante des flux financiers favorisant des risques de fraude, de blanchiment ou d’exploitation ;
- abus de faiblesse sur des publics jeunes, précaires ou influençables, sous couvert de promesses de réussite personnelle.
Ces dynamiques participent à une banalisation de la marchandisation du corps, dans un continuum allant du divertissement à la sexualisation économique de soi.
Axes de régulation :
- Création d’un cadre légal pour les agences et plateformes à contenu sensible, avec agrément, transparence et protection des travailleurs ;
- Mise en place d’un observatoire de l’économie de la représentation du corps ;
- Obligation de contrat écrit, de protection sociale minimale et d’encadrement psychologique des créateurs ;
- Inclusion explicite de la dimension corporelle et émotionnelle dans les évaluations de risques des plateformes.
Harcèlement en ligne et cadre de médiation professionnelle
Le harcèlement en ligne est devenu une violence systémique du numérique, directement liée au fonctionnement toxique des plateformes.
De nombreux témoignages démontrent que les algorithmes, conçus pour maximiser l’engagement, amplifient les contenus les plus polarisants et nocifs : un seul visionnage de vidéo haineuse, sexiste ou complotiste suffit à déclencher une cascade de recommandations similaires, créant un environnement hostile et addictif.
Cette dynamique entretient un climat de harcèlement permanent, où la recherche de visibilité se transforme en exposition au risque. Elle fragilise autant les créateurs que les utilisateurs, sans véritable protection ni recours.
Ces dérives révèlent une double défaillance :
- l’absence de dispositifs efficaces de signalement, de médiation et de soutien psychologique ;
- la négligence contractuelle et éthique des plateformes et agences, qui se défaussent de leurs responsabilités de prévention et d’information.
- Création d’une plateforme nationale de traitement du harcèlement numérique, dotée de médiateurs spécialisés et de deux pôles : un pôle salarié et un pôle indépendant.
- Intégration obligatoire de représentants syndicaux au sein de la gouvernance de la plateforme et des commissions de médiation, garantissant la représentation effective des travailleurs, qu’ils soient employés ou indépendants.
- Examen des litiges contractuels et situations de dépendance économique, avec possibilité de requalification en contrat de travail en cas de subordination manifeste.
- Renforcement du devoir d’information juridique, imposant aux agences et plateformes de rappeler aux créateurs leurs droits fondamentaux, les procédures de médiation et les voies de recours.
- Coordination entre l’ARCOM, le ministère du Travail, la DGCCRF et le Défenseur des droits pour assurer la prévention, la réparation et la responsabilisation des acteurs.
Impliquer positivement les influenceurs dans la lutte contre la désinformation et pour le bien-être des publics
Les influenceurs peuvent devenir des acteurs de santé publique et de prévention culturelle s’ils sont intégrés dans une démarche de responsabilité :
- Observatoire de la création numérique responsable chargé de la prévention des dérives liées à la marchandisation du corps, à l’hypersexualisation et à la désinformation ;
- Fonds d’appui à la création éthique et inclusive, finançant des contenus qui valorisent la diversité, le consentement, l’esprit critique et la santé mentale ;
- Labels de responsabilité sociale pour les créateurs qui s’engagent dans la promotion du bien-être, de la représentation positive du corps et de la lutte contre les stéréotypes ;
- Formations obligatoires à l’éthique numérique, à la gestion de l’image de soi, et à la prévention des violences sexuelles et symboliques en ligne.
Ces actions visent à inverser la logique dominante : passer de la monétisation du corps à la valorisation de la responsabilité sociale du créateur.



