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Écouter et comprendre les 3 millions d'indépendants

06 avril 2021

Dans : Revendications

Par : Pierre.W

Étude indépendants mars 2021
Odoxa et Union-Indépendants ont mené la première grande enquête sur les travailleurs indépendants depuis le début de la crise sanitaire. L’interrogation de plus de 2 000 indépendants, 1 000 Français et trois Focus Group ont permis de dresser un portrait complet de ces professionnels, de plus en plus nombreux dans l’Hexagone. De leurs parcours à leur quotidien, les indépendants expriment leur attachement à leur statut, mais aussi des difficultés importantes et une crise qui les frappe de plein fouet.
Nous avons pu réaliser cette étude grâce à nos partenaires fondateurs, La Mutuelle Générale et Union Services, nos collectifs adhérents, l'Union des Auto-Entrepreneurs (UAE) et l'Association Professionnelle des Sports & Outdoor, mais aussi avec le concours de la Fondation Entrepreneurs de la Cité, la communauté du numérique "HappyDev", Adéquancy, La Maison des Artistes/SMdA et à la Confédération des Commerçants de France, sans oublier notre membre fondateur, la CFDT. Qu'ils en soient ici remerciés.

Les indépendants sont très attachés à leur statut...

Les travailleurs indépendants jouissent désormais d’une formidable image : 92 % de bonnes opinions et des Français qui les qualifient de courageux (90 %), passionnés (87 %) et polyvalents (82 %)

Venant le plus souvent du salariat (70 %), les indépendants sont très attachés à leur statut qu’ils ont choisi délibérément (85 %) et vivent leur métier comme un épanouissement. Leurs motivations premières sont l’autonomie (42 %), l’exercice du métier à leur manière (42 %) et la liberté dans leur emploi du temps. Un quart d'entre eux ont aussi sauté le pas pour retrouver de sens et de l'éthique dans leur travail. Un vrai point de réflexion pour les DRH et leur marque employeur !

«L’autonomie au sens large, on est responsable de ses décisions, de ses résultats, autonome.»

Jacques, Lyon

Mais l'indépendance n'est pas un long fleuve tranquille...

54 % des indépendants travaillent plus de 40 h par semaine. Alors qu’ils ne comptent pas leurs heures, ils se sentent très mal pris en compte dans la politique menée (77 %) et 81 % ne se sentent pas écoutés. Les Français ont d'ailleurs la même perception. Le manque de protection sociale du statut constitue aussi un frein important. 41% des indépendants ont hésité à le devenir pour cette raison, et 45 % d'entre eux ont reporté des soins pour des raisons financières.
L’absence de visibilité auprès des pouvoirs publics et des décideurs politiques est cruelle pour les indépendants qui exercent en solo et qui ont bien failli rester à quai lors de la mise en place du fonds de solidarité en mars 2020. N'employant pas de salariés, ils avaient été "oubliés" par les pouvoirs publics, les organisations patronales et les syndicats de salariés, réunis autour de la table des discussions. 66 % des indépendants interrogés ne se sentent d'ailleurs pas représentés par les organisations patronales ou les syndicats de salariés. 

La crise sanitaire les frappe plus durement encore que le reste de la société : elle a affecté l’activité de 84 % des indépendants et leur rémunération a baissé en moyenne de 22 % entre 2019 et 2020. Pour 65 % d’entre eux, c’est dû à des missions ou contrats annulés, 43 % à des contraintes administratives et 27 % à des retards de paiement. La réflexion sur le revenu minimum ou une protection en cas de perte d’activité est souhaitable. 
Heureusement, la moitié des indépendants a demandé et obtenu au moins une aide. 58 % des indépendants jugent positif le soutien de l’État, en particulier le fonds de solidarité. En revanche, l’aide mobilisée par les régions est passée totalement inaperçue (47 % jugent insatisfaisantes les aides régionales et la plupart n’en n’ont pas eu connaissance). Il y a là un réel point d'amélioration car la présence d'un réseau dense de travailleurs indépendants dans les territoires est un moyen de maintenir l'emploi local. 
Plus inquiétant est l'absence total de soutien des banques et leur rejet massif : elles n’ont pas été au RDV de l’avis de 68 % des indépendants interrogés.

«Le fonds de solidarité, c’était facile. En trois clics, je donne mon chiffre du mois et 15 jours après j’ai eu le complément de mon CA de l’an dernier. D’une simplicité incroyable.»

Eliane, Paris

Allocation perte d'activité et formation, le bât blesse...

La crise actuelle a révélé combien il était important que les indépendants disposent d'un régime d'assurance perte d'activité. Or l'Allocation Travailleur Indépendant (ATI), traduction de la promesse de campagne d'Emmanuel Macron, n'a pas fait son office. Environ 900 personnes en ont bénéficié. Le fonds de solidarité l'a largement remplacé mais c'est une situation d'exception. Il faudra bien imaginer un dispositif qui permettent aux indépendants de rebondir ou de tenir quand ils affrontent des problèmes conjoncturels, comme par exemple des défauts de paiement de leurs clients. 
60 % des indépendants, en particulier les auto-entrepreneurs des secteurs des services, jugent que leur rémunération n’est pas décente. D’où l’importance de la reconnaissance des « premiers de corvée » et des discussions autour du pacte du pouvoir de vivre, à l'instar des salariés des mêmes secteurs.
La formation continue est également un sujet de préoccupation et d'amélioration car de vraies failles existent, dommageables pour le développement des compétences de notre pays. 65 % des indépendants interrogés n'ont pas bénéficié de formation), or ils reconnaissent à 37 % une vraie faiblesse dans la dimension commerciale.

«Heureusement que j’ai eu l’aide, c’est ce qui me fait vivre, sans ça je suis mort.»

Pierre, Île-de-France

Malgré tout, 92 % des indépendants sont résilients et tiennent à le rester

Il est donc urgent pour les pouvoirs publics d’écouter les préoccupations des indépendants. Au-delà des idées reçues, c'est la seule voie d’action en direction de cette catégorie de la population, vitale à notre économie et en pleine expansion. Les indépendants doivent pouvoir être légalement représentés par des organisations qui leur ressemblent (70 % le plébiscitent), qui les écoutent et qui les comprennent.

La prochaine représentation des travailleurs de plateformes de mobilité et l'initiation d'un dialogue social les concernant est un premier pas. Mais un petit pas pour une communauté qui représente à peine 100 000 personnes.

Il est urgent d'ouvrir le champ de la représentation à tous les indépendants, car leur nombre a quasiment doublé en 15 ans* faisant écho à la transformation de notre économie vers un monde de services (*2 millions en 2004, ils sont désormais plus de 3,6 millions).

Télécharger l'étude

Principaux résultats de l'étude ODOXA pour UNION